un Blogofix très français avec quelques idées fixes polonaises
3.12
Christ, le Roi de Pologne et du kitsch
La piété polonaise et le goût national pour le statutaire religieux et commémoratif, aussi monumental que laid, viennent d'emporter un record mondial. Le colossal Christ, copie de la statue de Rio de Janeiro, de trois mètres plus haut que son prototype carioca, vient d'être érigé à Swiebodzin, en Basse Silésie, dans l'ouest polonais. Cette petite ville de 22.000 habitants, grâce à son curé obstiné, le père Sylwester Zawadzki, a reussi donc à s'inscrire glorieusement dans le livre Guinness avec le monument de Christ le plus grand au monde.
La Pologne détient déjà le record du nombre des monuments à la gloire de Jean Paul II: il y en plus de 550 dans tout le pays. Mais si le culte du pape polonais peut sembler naturel dans la patrie de Karol Wojtyla, autant l'idée de faire de Christ le roi de la république polonaise paraît curieuse.
D'accord, la Vierge Noire de Czestochowa porte déjà le titre de la Reine de Pologne. Pourtant, bien que deux fois déjà les députés ultra-catholiques aient postulé de couronner officiellement Jésus comme le roi de tous le Polonais, l'exploit de Swiebodzin en a surpris plus d'un en Pologne même.
Surprenante aussi cette idée visionnaire de transplanter l'emblème de Rio qui règne dans un site géographique parmi les plus pittoresques au monde, sur nos vastes plaines que décorent seulement les champs de blé et de bettraves.

Sur le talus de terre de 16,5 mètres (le pied de la statue sur Corcovado compte seulement 7 mètres), la figure mesure en totalité 33 m (chaque mètre pour une année de vie de Jésus, plus de 3 mètres de plus qu'en Brésil). La couronne dorée mesure 3 mètres en souvenir de trois années d'enseignement de Christ vivant.
Il étend ses bras de 25 m, contre 23 à Rio. Le poids de l'ensemble est de 440 tonnes. Pour péser lourd, il le fait, sans aucun doute.
La surpise en Pologne était d'autant plus grande que concernant le secteur artistique et mémoriel, la bataille la plus violente, politique et esthétique, se déroule en ce moment autour des monuments consacrés au crash de l'avion présidentiel du 10 avril dernier. Des manifestations devant le Palais présidentiel à Varsovie pour exiger des autorités l'érection d'un méga monument en plein centre historique de la capitale ont agité la vie publique et les médias pendant quatre derniers mois.
L'initiative de l'évêque de Gdansk d'installer dans l'ancienne basilique de la ville, l'autel monumental en souvenir de la catastrophe et qui ne respecte en rien l'environnement historique des lieux, a fait déborder le vase. Plus de 300 personnes, simples citoyens, artistes et historiens d'art, ont signé une pétition demandant d'enlever ce kitsch et de veiller à l'inégrité artistique et architecurale de notre paysage, régulièrement enlaidi par des hommages sculptés sans aucun souci esthétique.

La sculpture-autel réalisé par Andrzej Renes dans la basilique de Gdansk.
Les pétitions et protestations sont une bonne façon de dénoncer ce déchainement commémoratif, mais la meilleure arme reste toujours l'humour polonais.
On propose d'envoyer le Christ de Swiebodzin telle une fusée dans l'espace comme le montre le film Adieu, ma poupée ou de le faire danser au rythme de YMCA le hit du groupe homo Village Voice:

Novembre
29.11
Houellebecq à la polonaise
La carte est-elle ou non le territoire?
La question se pose gravement à la lecture du dernier Houellebecq. Cherchez la clé de l'énigme chez le comte Alfred Korzybski, aristocrate et savant polonais. Né à Varsovie, l'homme du monde autant que de la science, il est reconnu comme le fondateur de la théorie sémiotique anti-aristotélicienne.
Pour faire connaissance avec ce personnage aussi inventif que haut en couleurs et ne pas céder à l'effroi devant ces termes hautement savants, utilisons la méthode Houellebecq et regardons dans Wikipédia, cela vaut vraiment le détour:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Alfred_Korzybski

Dans le cas de Blogofix qui n'a aucune prétention littéraire et n'hésite pas à donner ses sources, cela semble la manière la plus simple et la moins risquée pour faire sortir ce Polonais novateur de l'oubli sans se faire accuser de plagiat.
12.11.
Henryk Mikołaj Górecki (1933-2010)
Le grand de la musique contemporaine vient de mourir. Considéré comme un des géants de la musique contemporaine, l'homme aussi discret que de fort caractère, il n'a jamais joué à la star ni se souciait de sa popularité. Il poursuivait son chemin, toujours très personnel et libre de désir de séduire ou de céder aux tendances du jour. Ce Silésien bourru, avec un franc parler peu "artiste", terré dans ses montagnes de Tatras, à la santé chancelante depuis l'enfance, il laissait sa musique parlait pour lui.
La rupture avec le postsérialisme - Nono, Boulez, Maderna - intervient en 1963, quand, défié par son éditeur d'écrire un morceau tonal, le compositeur a créé Trois pièces dans un style ancien qui puisent dans la musique ancienne populaire, folklorique et religieuse, l'inspiration qui ne cessera plus jamais de hanter sa création.
Malgré une attitude légèrement misanthrope, Górecki a gagné une grande popularité dans le monde: dès les années 1990, sa III Symphonie dite Des chants plaintifs lui a valu la première place aux hit parades non seulement de la musique classique, mais aussi de la pop, surtout dans les pays anglosaxons. 400.000 disques furent vendus en quelques mois après un concert historique à Barbican Center de Londres avec l'inoubliable Dawn Upshaw.
Créée en 1976, cette composition pour l'orchestre et la soprano, lui a valu les accusations de la part de certains d'avoir trahi définitivement l'avant-garde. Cependant rédecouverte dix ans plus tard par le grand public, cette symphonie a déclenché un véritable engouement populaire. Le compositaire a reçu des milliers de lettres de remerciements des auditeurs reconnaissants du monde entier.
Pour ceux qui ne la connaisse pas, il suffit d'en écouter les fragments pour se convaincre de la force de cette déploration exceptionnelle.
Malgré les protestations du compositeur: "Ma IIIe Symphonie n'a rien à voir avec la guerre ou les camps de concentration! C'est une oeuvre optimiste", elle reste le symbole du tragique de la guerre et de la mort d'un enfant, servant souvent comme une illustration sonore à la dénociation des génocides et des massacres. Ce qui est le cas aussi, hélas, dans la troisième partie présentée ci-dessous. Mais retenons-en surtout la voix divine de Dawn Upshaw et son visage ému qui compensent largement une certaine surinterprétation. visuelle.
Composée de trois parties, la Symphony of Sorrowful Songs utilise les trois textes polonais chantés par la soprano:
1. Lento. Sostenuto tranquillo ma cantabile
une lamentation de la Vierge sur le corps de son Fils crucifié; le chant datant du XVe siècle.
2. Lento e largo. Tranquilissimo - cantabilissimo - dolcissimo - legatissmo
les paroles gravées sur le mur par une fille de dix-huit ans torturée dans la geôle de la Gestapo pendant la seconde guerre mondiale: "Maman, ne pleure pas..."
3. Lento. Cantabile-semplice
un chant traditionnel silésien dans lequel une mère cherche son fils tué dans une insurrection.
Pour que cet hommage au compositeur ne devient pas trop élagiaque et larmoyant, rappelons un fragment d'un des trois quators à cordes écrits pour l'ensemble Kronos au début des années1990: Quasi una Fantasia (op.64) où la tention dramatique se mêle au lyrisme, l'esprit combatif au rythme presque dansant, la mélancolie à la force. C'est peut-être le meilleur autoportrait de Górecki.
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